Cette expression se disait à propos de quelqu’un qui parlait un mauvais latin. Il s’agit en fait d’une langue inventée en Italie au XVIè siècle pour écrire de la poésie ; elle est composée de mots empruntés au langage populaire auxquels on ajoute des terminaisons et une syntaxe latine. Le latin de cuisine serait le jargon de gens peu cultivés.

Cette langue est celle de Theophilo Folengo, un moine défroqué, qui après avoir enlevé une jeune femme noble, fait les quatre cents coups en voyageant à travers les Etats de la péninsule Italienne. Surnommé Merlino Coquus, Merlin le cuisinier, assagi et repentant, il se retire dans un couvent où il décrit ses aventures dans un monumental poème rempli de descriptions gastronomiques, scientifiques et burlesques dont s’inspirera Rabelais : La Macaronée de Merlin Coccaï (ce qui textuellement signifie : plat de macaroni offert au public par le cuisinier Merlin). Les premières éditions de l’ouvrage présentaient un dessin grotesque montrant l’auteur couronné de lauriers, assis entre deux femmes à une table, ouvrant une bouche immense devant une fourchette à deux dents, au bout de laquelle est suspendu un macaroni. Dans ce genre burlesque tout nouveau à l’époque, s’entremêlent les mots latins et le langage populaire.

Il y a donc un rapprochement entre l’univers culturel des Nobles et des érudits (possédant la culture et sa langue, le latin) et le monde prosaïque de la cuisine. Le latin de cuisine serait du latin déformé, utilisé et compris par les marmitons.

Cependant, à travers ce style inhabituel, savoureux, mais en apparence peu sérieux, Theophilo Folengo manifeste une grande érudition tant en géographie qu’en littérature; mais plus, dans son œuvre, on voit apparaître une idée révolutionnaire, celle de la réhabilitation des plaisirs et des joies du corps, jusque-là mis au secret par les injonctions d’une Église omniprésente.

Molière dans son Malade imaginaire s’en servira pour ironiser sur les relations d’Argan avec le monde savant de la médecine : et vos altri messiores…chirurgiani et apothicari…qui hic assemblati estis…

Cette écriture, dite encore langue macaronique, permettra ainsi à de grands auteurs comme Rabelais, et plus tard Balzac (Contes Drôlatiques) et Théophile Gautier (Capitaine Fracasse) de construire leurs récits avec humour, en sortant des sentiers battus de la langue académique. Balzac inventera un langage archaïque, artificiel, émaillé d’inventions gaillardes qu’il croira populaires et accessibles mais qui ne rencontrera aucun succès. De quoi en perdre son latin !

O. de Rudder, Aux petits oignons ! cuisine et nourriture dans les expressions françaises, Larousse 2006

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